Les paysages des États-Unis servent de toile de fond au cinéma depuis plus d’un siècle. Mesas sculptées par l’érosion, canyons aux strates rougeoyantes, déserts blancs : ces formations géologiques sont devenues des personnages à part entière de films gravés dans la mémoire collective. La plupart de ces décors sont accessibles au public, souvent à l’intérieur de parcs nationaux ou de terres tribales ouvertes aux visiteurs.
Set-jetting aux États-Unis : quand le cinéma dicte l’itinéraire
Le terme set-jetting désigne un voyage motivé par la visite de lieux de tournage. Ce n’est plus un comportement de niche : plusieurs offices de tourisme américains intègrent désormais des itinéraires officiels dédiés à leurs productions phares.
A lire en complément : Quel sac à dos de voyageur allie vraiment résistance et confort ?
La Géorgie propose des parcours liés à Stranger Things et The Walking Dead, mêlant petites villes rurales et forêts subtropicales. Le Nouveau-Mexique capitalise sur l’univers de Breaking Bad et Better Call Saul, avec des circuits passant par Albuquerque et ses environs désertiques.
L’Utah pousse la démarche encore plus loin avec un sentier cinématographique officiel reliant Park City, Salt Lake City et les vastes étendues salées de Bonneville. Ce parcours traverse aussi Weber Canyon et Snowbasin, des décors naturels utilisés par de nombreuses productions présentées au festival de Sundance.
A lire en complément : Ce qui séduit vraiment les français dans les croisières

Monument Valley et les canyons de l’Utah : géologie d’un décor mythique
Monument Valley se situe à la frontière entre l’Arizona et l’Utah, sur le territoire de la Nation Navajo. Les buttes de grès rouge qui s’y dressent, les mittens et les mesas, résultent de centaines de millions d’années d’érosion éolienne et hydrique. Ce sont ces silhouettes que John Ford a immortalisées dès la fin des années 1930 dans La Chevauchée fantastique.
Le site reste administré par la tribu Navajo. L’accès se fait via une route panoramique en terre battue, praticable sans 4×4 dans des conditions normales. Certaines zones nécessitent un guide Navajo agréé, une contrainte à intégrer dès la planification du voyage.
Forrest Gump Point sur la route 163
Sur la route 163, au nord de Monument Valley, un point précis de la chaussée rectiligne correspond au plan où le personnage de Forrest Gump arrête sa course à travers le pays. Ce tronçon de bitume, avec les buttes en arrière-plan, est devenu un arrêt quasi obligatoire. La route est étroite, sans accotement aménagé : garez-vous avec précaution.
Valley of Fire et les paysages de science-fiction
À moins d’une heure de Las Vegas, Valley of Fire State Park offre des formations de grès rouge vieux de plusieurs centaines de millions d’années. Le parc a servi de décor à des productions de science-fiction, dont certaines scènes de Star Trek. Sa fréquentation croissante liée au cinéma pose des problèmes documentés : dégradation des sols et sentiers informels créés par les visiteurs qui cherchent les angles de caméra exacts.

Déserts du sud-ouest américain : Arizona, Nouveau-Mexique et Californie
Le désert de l’ouest américain ne se résume pas à Monument Valley. Trois États concentrent des paysages de tournage très différents les uns des autres.
- L’Arizona abrite le Grand Canyon, mais aussi des zones moins connues comme les dunes de sable près de Yuma, utilisées pour simuler des environnements extraterrestres dans plusieurs blockbusters.
- Le Nouveau-Mexique combine des mesas arides, des ciels immenses et une lumière rasante qui a attiré des réalisateurs bien au-delà du western. Albuquerque et Santa Fe disposent d’infrastructures de tournage permanentes.
- En Californie, la zone d’Imperial Sand Dunes Recreation Area a accueilli des tournages de Star Wars et d’autres productions à gros budget. Ces dunes font l’objet de rapports signalant une augmentation des déchets et une érosion accélérée par la surfréquentation.
Ces trois États illustrent une réalité utile à connaître avant de partir : les restrictions d’accès aux sites de tournage sont souvent décidées au niveau des comtés ou des villes, puis relayées par les commissions du film locales. Un lieu ouvert une année peut être temporairement fermé la suivante pour restauration ou pour un nouveau tournage.
Paria Movie Set en Utah : un décor de western abandonné dans le désert
Entre Kanab et Page, dans le sud de l’Utah, le site de Old Paria Movie Set conserve les vestiges d’un village de western construit pour le cinéma dans les années 1960. Ces structures en bois, façades de saloon et bâtiments fantômes se dressent au milieu d’un paysage de badlands colorés, au bord de la Paria River.
Le site est accessible par une piste non goudronnée. Il n’y a ni billetterie, ni gardien, ni infrastructure sanitaire. Cette absence de gestion en fait un lieu fragile. Les structures se dégradent naturellement sous l’effet du vent et des crues saisonnières de la rivière.

Pourquoi ce genre de décor disparaît
Les décors de films construits en plein air aux États-Unis n’ont pas vocation à durer. Ils sont montés pour un tournage, parfois réutilisés, puis laissés sur place quand le coût de démontage dépasse celui de l’abandon. Paria Movie Set fait partie des rares survivants. Sa visite relève autant du patrimoine cinématographique que de l’urgence, car rien ne garantit son état d’une année sur l’autre.
Protéger les décors naturels du tourisme cinématographique aux USA
La montée du set-jetting a des conséquences mesurables sur les sites naturels. Les offices de tourisme américains encouragent la visite, mais les gestionnaires de parcs constatent en parallèle des dommages : sentiers non balisés piétinés par les visiteurs, déchets accumulés sur des zones sensibles, érosion accélérée autour des points de vue photographiques les plus connus.
L’Association of Film Commissioners International (AFCI) a documenté ces tensions dans un rapport de tendances publié en 2023 sur le tourisme de lieux de tournage. Les restrictions d’accès se multiplient, site par site, sans coordination nationale.
- Vérifiez les conditions d’accès sur le site du parc ou du comté avant chaque visite, surtout pour les terres tribales.
- Restez sur les sentiers balisés, même si l’angle de la scène culte se trouve quelques mètres plus loin.
- Privilégiez les visites guidées sur les sites fragiles : elles financent l’entretien et limitent la dispersion des visiteurs.
Le paysage des États-Unis vu au cinéma reste accessible, mais la fenêtre de visite n’est pas garantie indéfiniment. Certains décors naturels subissent une pression qui pourrait conduire à des fermetures partielles dans les prochaines années. Planifier un itinéraire autour de ces sites, c’est aussi accepter que le terrain réel impose ses propres règles, bien loin du cadrage soigné d’une caméra.

